Bourse/Finance
Or à 5 500 $ l’once : analyse d’un métal au sommet
Fin janvier 2026, l’or a inscrit un record historique. Le niveau de 5 500 dollars l’once est spectaculaire, mais il raconte surtout un changement de régime : le métal jaune est porté à la fois par des facteurs monétaires, des arbitrages géopolitiques et une demande d’« assurance » dans les portefeuilles. L’enjeu n’est pas de deviner le prochain pic, mais de comprendre ce qui alimente la hausse. Et ce qui peut la contrarier.
Les ressorts d’une hausse qui s’installe
La trajectoire haussière s’explique d’abord par un mouvement de fond : les achats des banques centrales. Depuis les sanctions imposées à la Russie en 2022, de nombreuses institutions monétaires cherchent à réduire leur exposition au dollar. Cette dédollarisation se traduit par des programmes d’achats plus réguliers et par une volonté affichée de rééquilibrer les réserves vers des actifs moins dépendants d’une juridiction. L’exemple le plus parlant : la Banque nationale de Pologne vise désormais 700 tonnes de réserves.
Le deuxième moteur est monétaire. Un dollar qui s’affaiblit rend l’or plus accessible aux acheteurs non américains et peut soutenir la demande. L’euro a ainsi atteint en 2025 son plus haut niveau face au billet vert depuis plus de trois ans, renforçant ce canal.
Enfin, l’instabilité géopolitique joue un rôle de catalyseur : lorsque les tensions s’accumulent et que la notion même de valeur refuge se recompose, l’or redevient un actif recherché parce qu’il n’est la dette de personne et parce qu’il se situe, symboliquement, “hors système”.
Une correction récente, mais pas un verdict
Après une montée rapide, une phase de respiration est presque mécanique. Fin janvier, le marché a corrigé sous l’effet de plusieurs éléments combinés : la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed, une remontée du dollar et des prises de bénéfices massives.
Dans ces moments-là, une partie des investisseurs arbitre aussi pour des raisons de trésorerie : vendre l’or peut servir à financer des besoins de liquidité ou à rééquilibrer un portefeuille, ce qui accentue les mouvements à court terme.
L’épisode a été aggravé par des tensions sur le marché de l’argent physique à Londres, qui ont amplifié la volatilité du compartiment « métaux précieux ». Pour autant, il ne s’agit pas d’un signal de retournement : au 10 février 2026, les métaux précieux affichaient encore des gains positifs depuis le début de l’année. Le message à retenir est donc double : oui, l’or peut corriger vite ; non, cela ne suffit pas à invalider une dynamique nourrie par des facteurs de long terme.
Comment l’utiliser dans une allocation patrimoniale
L’or a une particularité qui déroute : il ne génère ni dividende ni coupon. Son « rendement » dépend uniquement du prix, ce qui rend son évaluation délicate par les méthodes classiques. Historiquement, il a tendance à mieux se comporter en période d’inflation élevée ou de stagflation, et la demande s’intensifie lors des crises majeures. Mais cela n’en fait pas une garantie : son cours peut baisser de manière significative et inattendue, y compris quand l’environnement paraît favorable.
Le choix du véhicule est déterminant. Les ETP (les Exchange-Traded Product) sont des produits financiers cotés en Bourse qui réplique la performance d’un actif ou d’un indice (actions, obligations, matières premières, crypto, stratégie) et qui s’achètent/vendent comme une action.adossés à de l’or physique offrent une exposition simple et liquide.
Les actions de sociétés minières procurent un levier amplifié sur les cours et peuvent distribuer des dividendes, mais elles ajoutent des risques propres aux entreprises (coûts, production, gouvernance), d’où une volatilité accrue. Enfin, l’angle éthique progresse : standard du Conseil mondial de l’or contre le financement des conflits, programme d’approvisionnement responsable de la LBMA, et projet de traçabilité blockchain.
Pour l’investisseur, la question clé est donc celle de la fonction recherchée : protection contre un choc systémique, diversification face à un portefeuille très exposé aux actions, ou simple exposition tactique. Dans tous les cas, l’or n’est pas un substitut à une stratégie de cash-flow ; c’est un actif de prix. Son intérêt se mesure dans la cohérence d’ensemble, pas sur un trimestre.